- Home
- Expositions
Expositions
American Documents 28.05.10 - 05.09.10
Cinquante ans après The Americans de Robert Frank et presque simultanément à la reconstruction de “New Topographics: Photographs of a Man-Altered Landscape” (George Eastman House, Rochester, 1975), l’exposition qui avait révolutionné le genre à l'époque, le FotoMuseum (Musée de la Photo) propose, avec l'exposition American Documents, un excellent condensé des tendances documentaires de la photographie américaine des années 1970 à nos jours. Le travail de Lee Friedlander, Diane Arbus, Lewis Baltz, Robert Adams, Henry Wessel, Nicholas Nixon, Stephen Shore, Martha Rossler, Judith Joy Ross, Jerry Thomson, Larry Sultan, Mike Mandel et Mitch Epstein, notamment, est ainsi précédé de clichés exemplaires de Walker Evans et Robert Frank, deux figures de proue qui ont chacun à leur manière été les précurseurs de ce mouvement marquant.
Tous ces photographes mettent à l'image une problématique sociale qui reste d'une actualité brûlante aujourd'hui. Une industrialisation et une urbanisation galopantes, alimentées par un farouche désir de consommer, ont laissé de profondes traces dans le paysage américain ainsi que dans la société américaine au cours de la deuxième moitié du siècle dernier. Simultanément, ces évolutions ont nourri un contre-mouvement critique. Un nouveau langage photographique s'est ainsi développé, qui manifeste une rupture claire avec la vision idéalisante des générations précédentes. Par une présentation 'documentaire' apparemment neutre de la réalité quotidienne, elle confronte son public de manière critique à certains thèmes sociaux et politiques fondamentaux. Par son approche sérielle et sa formulation claire, cette photographie s'est également rapprochée des mouvements minimalistes et conceptuels en vogue à l'époque dans les arts plastiques, ce qui lui a permis de bénéficier d'une large attention du monde artistique.
Outre ces œuvres historiques, deux séries récentes sont exposées pour la première fois en Belgique : Homeland (2007-2009) de Larry Sultan et American Power (2009) de Mitch Epstein. Il s’agit essentiellement de combinaisons de portraits et de paysages.
Homeland pose le problème de l'immigration illégale aux frontières des États-Unis – le titre fait d’ailleurs référence au US Department of Homeland Security. Sultan nous présente une série de photos "pittoresques" et "idylliques" des banlieues américaines où travailleurs clandestins et journaliers errent aux confins d'une terre promise inaccessible.
Dans American Power, Epstein passe au crible le pouvoir des États-Unis, avec la double signification du terme « power » (pouvoir/puissance) comme notion clé. Sa traversée du pays fournit un état des lieux photographique aussi fascinant que glaçant. Epstein a photographié des usines, des mines, des centrales nucléaires, des parcs d’éoliennes et des paysages dévastés après le passage de l'ouragan Katrina. Par ce projet, l'artiste voulait mieux comprendre l'interaction entre la production et la consommation d'énergie, entre le corporatisme industriel et son impact écologique. Ou la transformation du paysage comme reflet d’un système social.
Il nous confronte à l’actualité politique et pose des questions pressantes qui ne laissent personne insensible. Homeland remet sous les feux de l’actualité la problématique de l'immigration illégale aux États-Unis. Sultan nous propose une série de photos « pittoresques » et « idylliques » de banlieues américaines peuplées de travailleurs clandestins et de journaliers qui errent aux confins d'une terre promise inaccessible.
Mitch Epstein utilise le terme power (qui signifie à la fois pouvoir et puissance) comme mots-clés afin de remettre en question la position des États-Unis. Les photos d'usines, de mines, de centrales nucléaires et de parcs d'éoliennes créent ainsi un récit photographique fascinant tout en brossant un portrait angoissant du monde dans lequel nous vivons.
Filip Tas 28.05.10 - 05.09.10
Il y a plus de treize ans décédait le photographe anversois Filip Tas (1918-1997), une des figures de proue de la photographie belge de la deuxième moitié du 20e siècle. En 2007, le FotoMuseum (Musée de la Photo) signait un contrat de prêt de longue durée avec ses héritiers. Depuis, ses archives personnelles, qui comptent entre 20.000 et 30.000 photos et négatifs, font l’objet d’une prospection et d’une étude systématiques. Avec notamment Walter De Mulder, Paule Pia et Frank Philippi, Tas fait partie d'une génération de photographes capables de concilier photographie professionnelle innovante et une « œuvre libre » artistique. À une période où les débouchés de la photographie artistique étaient encore limités, il gagnait sa vie comme photographe professionnel et laissait libre cours à sa créativité lors de ses loisirs. Mais dans la pratique, ces deux mondes n'étaient pas aussi cloisonnés et la carrière de Tas est toujours marquée par ce mélange des genres.
Au fil des ans, Filip Tas a développé un style propre, immédiatement reconnaissable. Au début, il photographiait des scènes dans la ville et à la campagne. Ses premières œuvres étaient romantiques et esthétisantes, dans la lignée de la traditionnelle photographie de salon du Picturalisme. Pourtant, c’est au cours de ses premières années qu'ont été posées les bases de sa 'magie' de la chambre noire. Entre 1958 à 1962, Tas a participé au mouvement artistique G58 Hessenhuis, au sein duquel, avec ses photogrammes innovants, il a fait le lien avec la peinture abstraite géométrique de ses contemporains. Ses photogrammes et photos abstraites (1956-1962) lui ont d’ailleurs permis de se faire un nom dans le monde de l’avant-garde. Ensuite, Tas saura toucher un public plus large avec ses photoreportages poétiques, un genre qui peut être situé dans le champ de tension qui sépare la photographie 'subjective' et le photojournalisme. Une attitude ambivalente vis-à-vis du contraste croissant qui se développe entre la tradition et la modernité dans les années 1950-1970 a constitué le fil rouge de son œuvre de photographe. Dans des séries comme 'Rotweer' (Temps de chien) et 'De Automobiel' (L'Automobile). Tas a régulièrement joué avec les éléments d'ambiance qui apparaissaient alors qu’il photographiait la circulation par un temps d'automne maussade. Il a souvent donné aux images documentaires initiales une touche subjective en expérimentant avec la netteté des mouvements, en jouant avec l’ombre et la lumière, en recourant à des solarisations et manipulations en chambre noire. Les ciels sombres au-dessus de ses paysages prennent ainsi une charge menaçante, créant une ambiance mystérieuse et lugubre. Tas a également montré un regard sombre et ironique sur la réalité changeante de la grande ville en combinant différents éléments dans des photomontages. De manière paradoxale, il procédait à ces manipulations de la réalité visible au moment même où ces transformations se produisaient. Ses visions urbaines se situaient entre le rêve et la réalité. Une des caractéristiques de sa photographie est la combinaison d'atmosphère, de poésie, de romantisme et de charge personnelle. Tas ne voulait pas proposer des images purement documentaires, mais des interprétations subjectives de la réalité observable, au départ en noir et blanc, plus tard, de temps à autre, en couleurs.
Filip Tas était un touche-à-tout dans la photographie. Ses photos ne se contentent pas de représenter parfaitement l’esprit du temps entre 1940 et 1990, mais démontrent également un style, une technique et une thématique variés. Outre ses photoreportages poétiques en Belgique et à l'étranger régulièrement publiés à partir de 1961 dans le quotidien De Standaard, Tas a également produit des portraits d'artistes, des séries sur Bruxelles et les monuments bruxellois, sans jamais cesser de photographier les sculptures dans le musée à ciel ouvert du Middelheimpark au fil des saisons. En 1965, Tas a publié l'impressionnant livre de photographies Antwerpen, Stad aan de Stroom (Anvers, la ville le long du fleuve) à la demande de la maison d'édition Lannoo. Suivront des collaborations d'innombrables ouvrages de photographies. Dans les années 70, Tas a parcouru le monde avec un stylo et un appareil photo. Ses comptes-rendus de voyage seront publiés dans le journal De Standaard ainsi que dans les revues Avenue et Libelle-Rosita. Tas nourrissait une fascination particulière pour les monuments funéraires et les cimetières qu'il a photographiés dans le monde entier. Il était entretemps devenu le critique attitré d'expositions de photos et de photographie pour le journal De Standaard. En outre, Tas a travaillé plusieurs années comme réalisateur pour la télévision, dans le département des arts plastiques de la chaîne nationale BRT et a enseigné aux futurs développeurs de produits à l'Institut Henry van de Velde. En 1976, Tas a connu la popularité internationale en représentant la Belgique à la Biennale de Venise avec Heros Place, une série de photomontages surréalistes. Enfin, Tas a accédé au statut d’écrivain dont il rêvait quand il était jeune en publiant des histoires courtes dans des revues avant-gardistes et le recueil Azalealaan (1989).
L'œuvre photographique de Filip Tas est très précieuse tant au niveau artistique que documentaire. Il a d’ailleurs été reconnu de son vivant avec une foule d’expositions et de publications. Filip Tas a également reçu le Prix du Mérite de la Province d’Anvers et le Prix des Beaux-Arts de la Communauté flamande (1983). La photographie était son métier, son plaisir et sa vie.
